Houillères et saline de Saulnot

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Houillères et saline de Saulnot
Image illustrative de l'article Houillères et saline de Saulnot

Création XIIe siècle
Dates clés 1589 : découverte du charbon.
Disparition 1826 (sel)
1922 (charbon)
Siège social Saulnot
Drapeau de France France
Activité Houille, sel gemme

Les houillères et saline de Saulnot sont des mines de charbon et de sel gemme appartenant au bassin keupérien situé dans le département de la Haute-Saône, en Bourgogne-Franche-Comté dans l'est de la France. Elles sont exploitées sur le territoire des communes de Saulnot et Corcelles de 1589 à 1922 pour le charbon et du XIIe siècle à 1826 pour le sel (soit sept siècles). L'exploitation du charbon sur place pour l'évaporation de la saumure dans des fours conçus par Heinrich Schickhardt permet à la compagnie de faire diminuer le coût de revient du sel.

Au début du XXIe siècle, il ne reste aucune trace de la saline, mais un square en hommage à Heinrich Schickhardt et à l'exploitation du sel est aménagé au centre du village de Saulnot. Des terrils et puits de mine subsistent à Corcelles.

Situation[modifier | modifier le code]

La concession possède une superficie de 1 485 hectares pour l'exploitation du charbon, répartis sur les communes de Saulnot, Corcelles, Villers-sur-Saulnot, Échavanne, Crevans-et-la-Chapelle-lès-Granges et Granges-le-Bourg, dans le sud-est du département de la Haute-Saône, en région de Bourgogne-Franche-Comté[1].

Géologie[modifier | modifier le code]

Les gisements de houille et de halite exploités sont mêlés au sein du bassin houiller keupérien de Haute-Saône. Ce bassin est formé d'une alternance de couches de grès, de marne irisée et de dolomies de gypse.

Saline[modifier | modifier le code]

Exemple d'exhaure de la saumure.

La production des salines à Saulnot n'a cessé de croître et la consommation de bois également depuis 1147. Les « muines » se cuisaient alors au bois pour en tirer l'halite, ce qui épuisait la forêt voisine, d'où l'exploitation d'une mine de houille du XVIe au XXe siècle[2]. C'est l'une des premières en Europe à expérimenter ce combustible pour l'évaporation[3]. Elle est alimentée par deux sources, le grand puits (situé dans le village), qui alimente six chaudières, et le petit puits, qui alimente trois chaudières[4].

Au XIIIe siècle, Thierry III accorde la saline à l'abbaye de Lure, à qui la vente du sel apporte beaucoup de revenus. Mais elle en est dépossédée après la mort de ce dernier vers 1282[5]. Les bénéfices de l'extraction sont alors répartis entre les comtes de Montbéliard et divers investisseurs, avant de devenir la propriété exclusive de ces derniers en 1367 pour concurrencer les salines du Jura, propriétés des comtes de Bourgogne, et alimenter des seigneuries voisines, comtoises ou alsaciennes. Des techniques de graduation et de préchauffage sont mises en place pour économiser l’énergie en Allemagne et dans la principauté de Montbéliard du XVIe au XVIIe siècle avant de se répandre dans toute la Franche-Comté au XVIIIe siècle. En 1424, le grand puits est abandonné à la suite d'infiltrations d'eau douce. En 1550, les salines sont reconstruites à la suite de l'attaque de 1474, menée par Charles le Téméraire lors de la guerre de Bourgogne. Elles sont partiellement détruites entre 1587 et 1588 par Henri Ier de Guise. En 1592-1593, le nouveau grand puits permet d’accroître la production, appuyé par l'exploitation du charbon de terre permise par de nouvelles chaudières conçues par Heinrich Schickhardt. Les bâtiments sont incendiés par les Comtois en 1639, puis ils sont reconstruits entre 1761 et 1766. En 1749, le site est surveillé par sept à huit brigades de gardes administrées par deux bureaux qui assurent la gabelle pour la Ferme générale, qui interdit la vente du sel dans la seigneurie de Granges[4],[6],[7].

Les salines déclinent de plus en plus de 1750 à 1789[2]. Les bâtiments sont pillés puis brûlés avec les archives le par les paysans de Granges, pendant la Révolution française[4]. La concession est récupérée par la Compagnie des Salines de l'Est qui cesse définitivement l'exploitation en 1826. Les bâtiments sont rachetés par la commune en 1846, vingt ans après la fermeture des puits à saumure[6], malgré les protestations de la population[7]. Avant la fermeture, la saumure est extraite de deux puits de 15 mètres de profondeur et 16,6 litres de cette eau fournissent 6,6 kg de sel[8]. En 1862, la mairie est construite à l’emplacement de la saline[6]. Au début du XXIe siècle, il ne reste aucune trace de la saline, mais un square en hommage à Heinrich Schickhardt et à l'exploitation du sel est aménagé au centre du village de Saulnot.

Houillères[modifier | modifier le code]

Carte des contours des concessions.
Les différentes concessions de Haute-Saône pour l’exploitation du bassin keupérien.

Histoire[modifier | modifier le code]

La découverte de la houille du bassin keupérien remonte à la fin du XVIe siècle. À cette époque, la « saulnère » du Saulnot (seigneurie de Granges) utilise deux chaudières pour cuire la saumure, l'une avec de la houille et l’autre avec du bois. Les mineurs qui tirent la houille des montagnes sont payés en argent et en chandelles[9].

En 1589, la houille est découverte à Corcelles et l'exploitation est initiée afin de faire diminuer la consommation de bois des salines[10]. En 1594, dix-neuf mineurs travaillent aux houillères d'Ossemont[11]. Mais le charbon est de médiocre qualité car il dégage beaucoup de fumées et une mauvaise odeur. Il y a déjà des accidents : suffocation par le mauvais air des houillères d'Ossemont en 1615 ou asphyxie de jeunes ouvriers en 1616 aux houillères de Saulnot. Après une période d'activité de 1610 à 1628, l'extraction ralentit puis cesse avant de reprendre en 1654[9].

En 1714-1715, une nouvelle veine est découverte à Saulnot et un procès-verbal d'épreuve, pour la cuite du sel au moyen de ce combustible, est dressé par des experts venus de Montbéliard. Aucune règle de sécurité n'existe à cette époque pour les ouvriers. Cette exploitation n'est pas organisée. C'est seulement l'ordonnance de 1744 qui règle les conditions d'exploitation[9]. L’activité est relancée entre 1768 et 1772[10] ; le , Jacques Liébiger obtient l’exclusivité de l'extraction du charbon dans toute la seigneurie de Granges. Il obtient la concession de Saulnot, mesurant 2 400 toises de diamètre (tracée autour des deux puits principaux), pour trente ans[12].

Le , la concession de Corcelles, d'une superficie de 1 485 hectares, est accordée aux sieurs Noblot fils, Méquillet et autres par ordonnance royale[13]. Des échantillons prélevés vers 1831 dans des travaux situés à 35 mètres sous terre et à 600 mètres du clocher de Corcelles révèlent une houille dure. Le coke qui en est dérivé est d'aspect métallique, boursouflé et poreux[14]. Un puits est creusé vers l'église de Saulnot en 1832[15]. La même année, la mine emploie 25 ouvriers[16].

En 1838, 600 tonnes de houille maigre produites dans les concessions de Corcelles et Gémonval sont consommées dans le département du Doubs[17]. Les mines ferment en 1849[18]. Avant cette date, jusqu’à 1 000 tonnes de charbon sont exploitées chaque année, notamment avec un puits de 36 mètres de profondeur. Les mines sont rouvertes et la concession est ensuite fusionnée avec d'autres par un décret présidentiel le [19].

Au début du XXe siècle, l'exploitation est particulièrement active au nord de Corcelles avec sept puits creusés avant 1921, dont cinq recensés par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM)[20] :

  • les puits A et B utilisés avant 1916 servent à l'extraction d'une houille dure dont l'abattage est difficile ;
  • le puits C est un puits de recherche ;
  • les puits D et E sont les seuls actifs pendant toute la Première Guerre mondiale ; le premier est profond de 33 mètres et sert à l'extraction, le second sert à l'aérage ; ils présentent tous deux d'imposants terrils par rapport aux autres sites de la concession. Le charbon est transporté via les chemins de fer vicinaux de Haute-Saône pour être utilisé dans la saline de Gouhenans jusqu’à l'arrêt de l'extraction en 1922.

En 1923, le représentant de la Société minière et industrielle de Gouhenans, Monsieur Gaillard, fait une demande de renonciation de concession. Cette renonciation est décrétée le [21].

En 1941, un rapport de Monsieur Foresin conclut qu'environ 8 000 tonnes de houille peuvent encore être extraites à Corcelles par une descenderie, mais l'activité minière ne reprend pas[20].

Vestiges[modifier | modifier le code]

Au début du XXIe siècle, des vestiges de trois puits de mine des houillères de Corcelles, visibles sur les cartes IGN et situés à proximité de la LGV Rhin-Rhône ainsi que leurs terrils subsistent. En décembre 2012, le puits E s’ouvre sur 10,5 mètres ; il possède une section rectangulaire régulière de deux mètres sur trois. Des spéléologues d'Héricourt sont envoyés sur place le et constatent que le fond du puits est instable. Celui-ci est donc sécurisé par la municipalité mais il n'est pas remblayé, le véritable fond n’étant pas atteint[22],[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Édouard Thirria 1869, p. 184-185.
  2. a et b Marc Paygnard 2010, p. 16-17.
  3. Denis Morin 2008, p. 480.
  4. a, b et c Eric Coulon 2004, p. 147-148.
  5. Louis Besson, Mémoire historique sur l'abbaye et la ville de Lure, Bintot, (lire en ligne), p. 70.
  6. a, b et c Yves Clerget, p. 2-4.
  7. a et b Sylvie Debras 2013, p. 31.
  8. a et b « Les puits de mine de Corcelles (Saulnot – 70) » [PDF], sur ligue-speleo-fc, , p. 22-25.
  9. a, b et c Marc Paygnard 2010, p. 16-17.
  10. a et b L. Suchaux 1866, p. 175.
  11. Paul Delsalle, La Franche-Comté au temps des archiducs Albert et Isabelle: 1598-1633, Presses Univ. Franche-Comté, (lire en ligne), p. 259.
  12. Édouard Grar, Histoire de la recherche : de la découverte et de l'exploitation de la houille dans le Hainaut français, dans la Flandre française et dans l'Artois, 1716-1791, vol. 3, A. Prignet, (lire en ligne) Arrêté no 217.
  13. « Bulletin des lois de la République franc̜aise, Volume 5 ;Volume 8 : Ordonnance du roi n°4446 », sur books.google.fr.
  14. Société d'agriculture, lettres, sciences et arts de la Haute-Saône 1831, p. 349-350.
  15. R. Dormois et J.Ricours 1943, p. 7.
  16. J.Y. Koch-Mathian 2001, p. 27-28.
  17. A. Laurens 1841, p. 131.
  18. Édouard Thirria 1869, p. 184-186.
  19. Paul Benoit 1999, p. 90 et 98.
  20. a et b R. Dormois et J.Ricours 1943, p. 8-9.
  21. BRGM 1998, p. 7.
  22. « L'ancienne houillère fait naître de dangereux gouffres », sur Le Pays (consulté le 17 février 2013).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Société d'agriculture, lettres, sciences et arts de la Haute-Saône, Recueil agronomique, industriel et scientifique, vol. 3 à 4, (lire en ligne), p. 345-351. 
  • A. Laurens, Annuaire départemental du Doubs, (lire en ligne), p. 129-131. 
  • L. Suchaux, La Haute-Saône: dictionnaire historique, topographique et statistique des communes du département, (lire en ligne). 
  • Édouard Thirria, Manuel à l'usage de l'habitant du département de la Haute-Saône, (lire en ligne), p. 182-186. 
  • [PDF] R. Dormois et J.Ricours, Houille triasique sur le versant N.O. du Jura, BRGM, (lire en ligne). 
  • [PDF] BRGM, Ancienne concession de houille de Vy-lès-Lure (70) : Etat des lieux, (lire en ligne [PDF]). 
  • Paul Benoit, Le Charbon de Terre en Europe Occidentale Avant L'usage Industriel Du Coke, (lire en ligne). 
  • [PDF] J.Y. Koch-Mathian, Inventaire des anciennes mines du département de la Haute-Saône, DRIRE Franche-Comté, (lire en ligne). 
  • Eric Coulon, Bourgs et villages de Haute-Saône, Cabédita Editions, coll. « Sites et villages », (ISBN 2-88295-418-2). 
  • Denis Morin, Sel, eau et forêt d'hier à aujourd'hui, Presses Univ. Franche-Comté, coll. « Les Cahiers de la MHSE Ledoux », (ISBN 978-2-84867-230-4, ISSN 1771-8988, lire en ligne), p. 479-504. 
  • Marc Paygnard, La Haute-Saône guide découverte, Éditions Noires Terres, . 
  • [PDF] Yves Clerget, Il était une fois... des salines en Franche-Comté, Service éducatif du Muséum Cuvier Montbéliard et Action culturel du Rectorat (lire en ligne). 
  • Sylvie Debras, Du sel dans nos ballades, Mille et un chemins, coll. « En vadrouille » (no 11), (ISBN 979-10-90357-02-0, ISSN 2103-7361). 
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